NABIL HADJARAB
FRANÇAIS PAR LE CŒUR ET PAR L’HISTOIRE
La famille française du jeune détenu de Guantánamo, contre qui tous les chefs d'accusation ont été retirés depuis 2007, demande l'aide du gouvernement français afin de pouvoir rentrer dans le pays qu'il aime, et dans lequel il a grandi : La France.
Résumé
Nabil Hadjarab rêve de rentrer en France, le pays dans lequel il a grandi. Il a passé plus de huit années pénibles dans le centre de détention de la Baie de Guantánamo. Il n'a été inculpé d'aucun crime et n'a eu droit à aucun procès. Toutes les charges pesant contre lui ont été retirées depuis 2007, lorsque les autorités américaines ont confirmé qu'il ne présentait aucune menace pour quiconque. Les agents responsables de son interrogatoire l’avait, en réalité, déjà informé de la confusion de son identité avec celle d'un autre homme : Sa détention est une erreur. A ce jour, Nabil demeure néanmoins toujours à Guantánamo.
Le passé militaire de la famille Hadjarab et ses racines françaises
La famille de Nabil a longtemps travaillé au service de la France, et ses membres ont risqué leur vie pour ce pays.
• Le grand-père de Nabil, Mohamed Ben Said Ben Sliman (né en 1894 en Algérie), a combattu pour la France durant trois ans, pendant la Première Guerre Mondiale.
• Son père, Saïd, a combattu loyalement aux côtés de la France pendant la Guerre d'Algérie et a fait partie de la garde républicaine du Général de Gaulle. Après la guerre, il a refusé un poste dans la gendarmerie en Algérie et préféré revenir dans le pays qu’il considérait comme le sien: La France. Il y a vécu et travaillé jusqu’à sa mort, sans jamais être au chômage.
Après la guerre, Said n’a pas formalisé officiellement sa nationalité française et a ainsi perdu son statut de citoyen français. Si celui-ci lui avait été conservé, son fils Nabil aurait pu devenir français.
• Toute la famille proche de Nabil aujourd’hui est française.
• Son demi-frère a reçu la Médaille Nationale dans le contexte de son engagement dans l'armée française.
Aujourd'hui la famille Hadjarab demande au gouvernement français de porter toute sa considération à leur demande de ramener Nabil dans le pays qu’il considère comme le sien: La France.
Biographie
Nabil est né en Algérie le 21 juillet 1979, mais fut emmené en France lorsqu'il était bébé. Son père, Saïd Hadjarab est né en Algérie dans les années 1930, et possédait la nationalité française. Il s'est rendu en France en 1954. Après y avoir vécu pendant deux ans, ce dernier a été convoqué pour faire son service militaire, et a combattu dans les forces armées françaises avec dévouement pendant la Guerre d'Algérie. Par la suite Saïd s'est installé à Lyon, en tant que gérant d'un petit café et a fondé une famille. Nabil a ainsi sept demi-frères et sœurs issus du premier mariage de son père; tous sont citoyens français et souhaitent aujourd’hui le voir revenir en France, sain et sauf. L'un d'entre eux, a reçu la médaille nationale du fait de son engagement dans l'armée française. Il a exprimé une volonté particulièrement forte de soutenir son frère à son retour.
Nabil est le seul enfant issu du second mariage de son père et le seul à avoir la nationalité algérienne. Il a vécu en France dans une famille d’accueil tandis que son père venait le voir les week-ends. Il garde de très bons souvenirs de cette période qu'il décrit aujourd’hui comme la meilleure de sa vie. Nabil apprécia énormément le temps passé dans sa famille d'accueil et s'épanouit à son école primaire à Savigny. Il répète souvent qu'il ressent d'avantage d'affinités avec la France, d'un point de vue culturel, qu'avec le Maghreb. Nabil n'a aucun rapport véritable avec l’Algérie, ni n’y possède de structure de soutien.
Lorsqu'il avait neuf ans, le père de Nabil le ramena en Algérie. Nabil continua son éducation à Alger mais son père décéda tragiquement d'un cancer en 1994. Nabil fut alors pris en charge par l’une de ses tantes mais celle-ci le maltraita, et l'oncle de Nabil, Mr. Ahmad Hadjarab, dut intervenir.
Ahmad Hadjarab est né en Algérie en 1944 et s'est rendu en France en 1961, où il vit encore avec sa famille (en tant que citoyen français depuis plus de dix ans). Il a travaillé toute sa vie pour des entreprises françaises renommées, telles que Berliet et, plus récemment, comme soudeur pour le Centre Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN). Lorsque Ahmad apprit les difficultés que rencontrait Nabil en Algérie, il décida immédiatement de venir en aide à son neveu, qu'il considère comme son propre fils. Il commença ainsi à lui envoyer de l'argent pour l’aider à s'en sortir.
Lorsqu'il atteint vingt-et-un ans en l'an 2000, Nabil rentra en France avec l’intention de retrouver sa famille. Cette même année, il sollicita plusieurs avis juridiques afin d'obtenir la nationalité française. Après avoir recueilli tous les documents nécessaires, ses conseillers en matière d'immigration l’informèrent que l'étude de sa demande demanderait environ six mois. Craignant de devoir vivre sans papiers, de se faire arrêter, et d’être expulsé, ce qui aurait pu compromettre ses chances de succès, Nabil dut quitter la France et abandonner son rêve de toujours: vivre et travailler dignement en France, comme le reste de sa famille.
On lui conseilla de se rendre au Royaume-Uni, en lui assurant qu'il y serait plus facile de trouver un travail et de vivre sans papiers. Cela s’avéra être un mauvais conseil, mais que Nabil suivit. Il vécut ainsi au Royaume Uni pendant quelques mois, mais sans numéro de sécurité sociale, il lui était impossible de trouver un travail régulier. Nabil vivait ainsi dans la crainte permanente d'être expulsé.
Lorsque Nabil apprit qu'il pourrait habiter en Afghanistan sans papiers et à moindre coût, il décida de s'y rendre pour faire des études de religion, dans l’espoir de retrouver un nouveau sens à sa vie. Fin mars 2001, il décida donc de se rendre à Kaboul où il fut aimablement hébergé dans une maison d’hôtes. En quelques mois tout changea. Les attaques du 11 septembre 2001 attirèrent l’attention du monde sur l'Afghanistan, que Les Etats-Unis envahirent en Novembre 2001.
Saisie et emprisonnement
En pleine guerre, des témoignages commencèrent à circuler, laissant croire que l'Alliance du Nord rassemblait les arabes et les assassinait. Craignant pour leur sécurité, Nabil et ses colocataires fuirent vers Jalalabad. Lorsque Jalalabad devint risqué, ils fuirent alors vers les montagnes à l'extérieur de la ville. L’ US Airforce menait des attaques ciblées sur les routes principales qui menaient au Pakistan ; ce qui conduisit Nabil à rester dans les montagnes pendant quelques semaines, en attendant que les attaques diminuent. Malheureusement ce ne fut pas le cas. Ne pouvant plus attendre, Nabil tenta de rejoindre la frontière. Mais il fut blessé par une bombe et se retrouva à l'hôpital de Jalalabad.
De son lit d'hôpital, Nabil fut vendu aux forces américaines en échange d’une simple prime. Des primes de $5000 (équivalente au revenu moyen annuel afghan) étaient offertes en échange d'arabes étrangers vivant dans la région. Nabil n’avait jamais participé ou assisté à un camp d'entrainement, ni n’avait eu de rapport d’aucune manière avec le terrorisme ; il fut pourtant vendu aux Américains et transféré à la prison dirigée par les forces US, située à l'aéroport de Kandahar. Il tenta bien sûr à plusieurs reprises de prouver son innocence et rejeta constamment les accusations portées contre lui : celles-ci étaient basées entièrement sur les interrogatoires et les confessions forcées d’autres prisonniers. Nabil savait bien qu'il s'agissait d'une erreur sur son identité, ce que plusieurs agents responsables de son interrogatoire lui confirmèrent par ailleurs.
Malheureusement, le haut commandement américain, lors de sa réponse maladroite et peu judicieuse aux évènements du 11 septembre 2001, exigea que chaque arabe aux mains des autorités américaines, soit envoyé au centre de détention de Guantánamo Bay, sans tenir compte de la qualité des preuves retenues contre les individus en question. Attaché par les mains et les pieds, et avec une cagoule sur la tête, Nabil fut ainsi transféré à Cuba au début de l’année 2002.
En avril 2007, à la suite d’une détention illégale ayant duré plus de cinq ans, Nabil a été disculpé de toute charge pesant sur lui, et le Conseil de Révision Administratif a enfin conclu que Nabil n’était pas un « ennemi combattant ».
Pendant plus de huit ans à Guantánamo, Nabil a été soumis à toutes les formes de torture et de traitement inhumain : privation sensorielle, privation de sommeil, exposition à des températures extrêmes et à une isolation prolongée pour n’en citer que quelques unes. Il a passé des années confiné dans une minuscule cellule d’acier, sans fenêtres, ne bénéficiant d’aucun accès à la lumière naturelle, d’aucun divertissement ni d’aucun soin. Aucune visite familiale ne lui a été autorisée. Il a pu, à trois reprises seulement, parler avec ses proches. Il est encore très difficile pour lui aujourd’hui de parler de ses mauvais traitements à Guantánamo. En dépit de cette épreuve et de sa détention illégale, Nabil a fait preuve d’un comportement exemplaire. Il a été décrit par un gardien de Guantánamo comme « Un artiste brillant, un footballer passionné, un jeune homme charmant».
Son espoir de retrouver la France
Nabil souhaite rentrer en France par dessus tout : Il souhaite y reconstruire sa vie en paix et retrouver sa famille. Il y possède un oncle et une tante qui l’aiment et prient tous les jours pour son retour.
Il rêve de trouver un travail et souhaite devenir interprète ou traducteur, mettant ainsi à profit ses talents linguistiques. Il parle le français, l’anglais et l’arabe couramment.
Reprieve espère que la France acceptera de donner à Nabil l’opportunité de reconstruire sa vie sur son sol. Il a été sujet à une détention illégale depuis plus de huit ans, sans que le gouvernement français ne lui soit jamais venu en aide. Il est temps aujourd’hui que la France accepte de s’occuper d’un homme dont la nationalité française est indiquée davantage par l’histoire que par le passeport. Il se montrerait à jamais reconnaissant envers la France, si seulement celle-ci lui permettait de rentrer dans le pays qu’il aime tant. Il est grand temps que son périple s’achève.
2010: Derniers efforts menés pour demander le rapatriement de Nabil Hadjarab en France: cliquer ici
Pour tout contact en français: emmanuelle.purdon@reprieve.org.uk


