Juin 2010: Interview de Ahmed Hadjarab: "Libérez Nabil et accueillez-le en France"

By Emmanuelle Purdon on 18 June 2010


L'oncle de Nabil Hadjarab, Ahmed Hadjarab, demande le rapatriement de son neveu, Nabil Hadjarab, en France. Il considère Nabil comme son propre enfant.

Nabil Hadjarab - Uncle's plea to the Elysee

Nabil Hadjarab rêvait de revenir d’Algérie en France: Le pays dans lequel il avait passé les années les plus heureuses de son enfance, et qu’il avait du quitter pour des raisons familiales, à l’âge de neuf ans. Mais son rêve s’est terminé en cauchemar : Il est en fait incarcéré à Guantánamo depuis 2002.Victime d’une erreur d’identification, Nabil a été lavé de tout soupçon par l’administration Bush depuis 2007. En vérité, il n’avait jamais même été formellement inculpé d’aucune charge.

Cela fait maintenant trois ans que Nabil Hadjarab espère être réinséré en France : Si Nabil est Algérien du fait de sa naissance, la plupart des membres de sa famille proche vivent en France et ont la nationalité française.Jusqu'à aujourd’hui, Le Gouvernement est pourtant resté silencieux devant les requêtes de sa famille et celles de ses avocats.

Son oncle Ahmed, qui est français, lance aujourd’hui un appel au Gouvernement pour qu’il accepte d’accueillir Nabil en France. Dans une plaidoirie poignante il demande de « l’humanité aux Etats Unis et de la gratitude à la France » en hommage aux services rendus par Saïd, le père de Nabil, à la France :Saïd faisait partie de la garde qui accompagnait le Général de Gaulle en Algérie. Il s’est également battu contre ses propres frères algériens durant la guerre d’Algérie, pour défendre le drapeau bleu, blanc, rouge, du pays qu’il considérait comme le sien.

Nous reproduisons ici le contenu le résumé d'une interview de l'oncle de Nabil. Durant plusieurs heures, il nous confiera ses sentiments sur Nabil et toutes les raisons pour lesquelles la France devrait l'accepter sur son sol.

Q. Parlez-moi du Nabil que vous avez connu.
R. La dernière fois que je l’ai vu, il avait environ 19 ans. C’était un jeune qui aimait bien la vie, et s’il pouvait, la belle vie. Un très bon sportif, courageux. Une mentalité européenne, il vivait à l’européenne. Il n’avait rien à se reprocher, il n’avait rien à cacher.

Q. Quels étaient ses rêves ?
R. Son rêve, c’était de revenir en France. Il voulait être avec moi en permanence. Il n’avait personne d’autre pour le réconforter (son père est mort lorsqu’ il avait 14 ans et il avait été abandonné par sa mère peu après sa naissance – ndlr). Il voulait aussi passer du temps avec ses demis-frères. Il se sentait seul en Algérie, et pensait qu’il se sentirait mieux en ma compagnie et celle de mes enfants. Il voulait trouver du travail et se marier. Son idée était de venir ici, car il aimait la vie française, la vie à l’européenne.

Q. Quand l’avez vous vu pour la dernière fois ?
A. Il est venu en France avec un visa pour les vacances, valable trois mois. Il est venu me voir 5 jours. J’ai pensé ensuite que ce serait plus facile pour lui de rester avec ses frères et d’obtenir sa carte de résidence à Lyon. Tout le monde pensait qu’il obtiendrait ses papiers facilement.
(Son application prenant trop longtemps, Nabil ne souhaita pas prendre le risque d’être arrêté sans papiers. Il quitta la France pour Londres, d’où il partit ensuite pour l’Afghanistan - ndlr).

Q. Comment réagissez vous au fait que Nabil est à Guantánamo ?
R. J’y pense jour et nuit, jour et nuit, à cette vie qu’il mène là-bas.

Q. A votre avis, que serait-il arrivé si Nabil était parvenu à obtenir ses papiers immédiatement ?
R. Il aurait été un homme heureux. Il se serait trouvé une femme. Il aurait fait des stages, trouvé du travail comme son père, comme moi. Et il serait parti en vacances avec une femme et ses lunettes de soleil en Algérie.

Q. Pensez-vous qu’il était facilement influençable ?
R. Non, il n’était pas facile, à moins de preuve du contraire. Il avait un caractère déterminé, comme celui de sa famille.

Q. Aurait-il pu tuer quelqu’un ?
R. Non, je ne peux pas voir cela. Il n’aurait jamais pu le faire. La vue du sang lui faisait horreur. Il ne connaissait rien à la vie, rien au terrorisme. Il n’était même pas capable d’égorger un poulet. Cela, je le sais :
Il ne supporte pas la vue du sang, il est comme moi. Je n’ai jamais pu égorger un poulet. Je n’ai jamais pu égorger un mouton pour la célébration religieuse de L’AÏd el-Kebir. Et Nabil n’aurait jamais pu faire cela non plus.

Q. Le garde de Nabil a dit qu’il était « un artiste brillant, féru de football, et un jeune homme charmant ». Cela correspond-il à l’image que vous avez de Nabil ?
R. Je n’ai jamais pensé que Nabil pourrait mal agir. Si l’on m’avait dit qu’il avait braqué une banque, j’aurais dit que cela était impossible, car il tient à sa dignité.

Q. Aujourd’hui, vous pensez que le Gouvernement Français devrait accepter Nabil sur son sol. Pourquoi ?
R. Son père a passé plus des trois quarts de sa vie en France de 1954, jusqu'à sa mort en 1994. Il a combattu dans la guerre contre l’Algérie et ce n’était pas une guerre facile. C’était un officier, un caporal chef (…). Il ne dormait pas, il pouvait être appelé à n’importe quel moment à n’importe quelle minute. Il n’a pas dit non, il n’a pas déserté l’armée, il n’a rien fait de mal. Il était français et il défendait son pays. Mon frère n’était pas algérien, il était français… Il défendait donc le drapeau français, c’est à dire le sien : bleu, blanc, rouge.
Il a souffert là-bas, 28 mois de guerre, jour et nuit, chaque jour, matin, midi et soir. Il en a vu tant mourir, il a vu ses amis mourir devant lui… Lorsqu’ il en parlait, il avait les larmes aux yeux.
Que son père a-t-il gagné dans toute cette histoire ? Il n’a même pas touché un mois de sa retraite (Saïd est mort avant sa retraite, ndlr), alors qu’il a cotisé pour sa retraite toute sa vie. Son père n’a rien gagné, alors pourquoi pas son fils ? Je ne dis pas qu’on donne à Nabil la paie de son père, mais la gratitude au moins ! (…)
Je pense que Nabil saura rendre ce qui lui est donné. Je pense qu’il rendra service plus tard, il servira la France.

Q. Que demandez vous donc au gouvernement ?
Je demande de la gratitude aux autorités françaises, en hommage aux services rendus par le père de Nabil à la France ; et je demande de l’humanité aux autorités américaines.

Q. Vous m’avez dit que vous étiez gaulliste et combien vous admiriez le Général de Gaulle. Si le Général était encore en vie aujourd’hui, qu’aurait-il dit, pensez-vous, au sujet du rapatriement de Nabil en France ?
R. Je pense qu’il aurait dit « oui » immédiatement. Il aurait dit « J’ai compris »*. Il aurait pensé au fait que le père de Nabil était français, et que Nabil ne saurait donc pas être considéré comme un étranger (…). Le Général était un visionnaire. La première preuve de cela est l’Algérie elle-même : Il a su y faire cesser le feu.

*Allusion au Discours du Général de Gaulle, 4 juin 1958 : “Je vous ai compris! (…) la France considère que, dans toute l’Algérie, il n’y a qu’une seule catégorie d’habitants : il n’y a que des Français à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.”

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